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 Un imprévu de café froid

Il faisait beau et le bonheur était sans tâche, propre comme une nappe blanche. Il se mirait dans la myriade de petits papillons aux reflets argentés, que l'on devinait dans les rayons de soleil mais qu'on ne  voyait plus que rarement à Paris.

C'est alors qu'ils croisèrent pour la première fois leurs regards. Ils vivaient dans le même immeuble, mais il ne se souvenait plus de celui qui avait commencé en premier. Intrigué, étonné, amusé, il  la découvrait chaque fois différente.

Aujourd'hui encore, il ne pouvait dire ni pourquoi, ni comment elle  exerçait une attraction aussi forte sur lui. L'éclat de ses rires, le parfum de ses pas, l'odeur de sa lessive quand tournait sa machine, étaient autant de souvenirs qui  habitaient la cage d'escalier. Ils  s'étaient souvent rencontrés et  s'étaient uniquement salués du regard, lorsque seuls parlent les sourires.

 Puis un jour, sous un prétexte quelconque, il s'était enquis d'un ouvre- bouteille, comme pour marquer symboliquement une invitation à l'ivresse. Elle à son tour lui avait emprunté un stylo, marquant sur le front de son imagination les milles vers que pour elle il avait imaginés.

Le temps était passé comme un long fleuve tranquille et les sourires s'étaient teints en rires, prenant cette couleur que seul l'affection donne aux êtres.

Il l'avait donc invité à prendre un café,. Elle se faisait désirer.

Peut être n'avait t elle pas osé accepter cette proposition, retenue par cette appréhension séculaire de l'inconnu.

-Alors libérant son imagination, milles fois il lui avaient répété,  susurrant les invitations comme le chant câlin des tourtereaux lorsque vient la période des amours. IL lui avait déposé dans sa boite aux lettres  des cartons d'invitations, crée des néologismes pour lui redire "café".

Puis il s'était tu, envolé,  comme la mélodie  éloignée d'un piano désaccordé à laquelle on accorde peu d'intérêt. Il ne la revit  qu'à la fin de l'été, elle était encore plus belle. Le soleil lui avait caramélisé la peau et ses vêtements noirs faisaient ressortir ce hale si particulier dont il imaginait la saveur cannelle. Il  ne pouvait toujours pas dire ce qui l'attirait et l'intriguait chez elle.  Peut être la lumière de son sourire, aussi mystérieux que celui de la joconde.

Alors, il lui écrit, contraint par le sommeil qui le fuyait et l'esprit de la belle qui le hantait. Quant elle découvrit l'enveloppe dans sa boite aux lettre, elle fut intriguée.  Elle se mit à parcourir les premières lignes et piquée parcouru rapidement le texte, comme  pour mieux s'en imprégner.

Puis elle sourit.

Pendant deux mois, il n'eut plus aucunes nouvelles. Jamais plus il ne la croisât, par un de ces hasards heureux qui habille  gaiement une journée. Un jour, décidé,  il prépara le café, aussi cérémonieux qu'un prêtre avant l'office. Il disposa les tasses, face l'une à l'autre, servi le café. 

Le coeur serré, empreint d'émotion et d'appréhension,  il sonna chez elle. Un homme, grand, ouvrit la porte. Elle avait déménagé...

Il se retourna, trébuchant à  chaque marche, comme pour mieux rentrer sa douleur. Une  lueur grise salissait  l'escalier et au loin il apercevait l'automne qui agonisait, veillé par le manteau froid et capiteux de l'hiver.  Quand il fermât la porte, les deux tasses achevaient de refroidir.

Dans la pièce d'à cote, le téléphone sonnât.

 

Paris,16/01/1998

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