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Les
lettres anonymes |
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Elle reçu la première lettre par une belle matinée du printemps. Elle fut intriguée par la délicatesse touchante des mots qui lui caressaient le corps, avec la même douceur que des ailes de papillons. Elle était ravie, mais perplexe. La lettre n'était pas signée, bien qu'elle se douta de l'identité de son auteur. Celui ci lui déclamait sa flamme, sans aucune mesure avec les mots d'amour habituels. Les mots étaients légers et portaient la saveur sucrée de l'exaltation. Elle venait de se séparer de Serge. Cinq ans de vie commune, de petits et de grands bonheur, de lente agonie, aussi. Un matin, sèchement, Il lui avait annoncé son départ. Elle ne l'avait jamais revu. Désormais plus rien ne serait comme avant. Son départ avait rouvert les plaies d'une existence déjà trop lourde à supporter et son absence avait appesantie sa vie qui avait déjà tant de mal à décoller. Elle était encore trop tributaire de ces meurtrissures qu'enfant, la vie nous inflige et transforme ensuite en blessures. Heureusement, elle s'était accordée des oasis de liberté dans le désert de sévérité que depuis toujours elle s'imposait. A son désir de vivre elle opposait une discipline et une rigueur que seuls les tendres moments de son amitié amoureuse avec Didier venaient briser. Et encore ! Il était arrivé en même temps que se déclinait dans le ton triste de la grisaille quotidienne les rapports avec serge. Trois ans qu'elle le connaissait et entretenait avec lui cette relation d'affection qui ne disait pas son nom. Mais les seules libertés qu'elle s'était octroyée avaient étés de laisser son esprit courir dans les champs de fantasmes qu'elle construisait. Elle les voyaient, faisant l'amour sur une plage déserte, mixant dans un mélange exquis leur couleurs opposées, se fondant en un savoureux café au lait. Mais jamais au grand jamais elle n'aurait voulue tromper serge, trop prude, trop catholique, trop fidèle. Même si l'envie lui en brûlait le ventre, elle se raccrochait aux lambeaux d'une relation qu'elle savait depuis longtemps perdue, enfermée dans les certitudes morales qui fixent les règles d'une vie en la figeant Cela aurait été une douleur trop grande que de remettre tout cela en question. Et puis s'était son équilibre, sa vie. Ces repères la rassuraient, la guidaient quels que aurait pu être le prix a payer. Pour éloigner Didier, elle lui avait présentée Severine, une amie qui se voulait son alter ego, copiant sur sa personnalité mal assurée, jusqu'aux travers qu'elle rendait dans un mimétisme insupportable. C'était comme se découvrir un jumeau dans les tréfonds de sa propre conscience. Décontenancé, il n'avait pas compris mais s'était abstenu de succomber aux charmes de cette fille. Qui peut dire pourquoi on aime une femme et pas une autre? Didier avait plus d'une fois essayé de la faire flancher, sans succès. Et dans l'immensité bleutée de l'amour qui lui portait, il avait fini par choisir de renoncer à la perturber, à la persécuter par une présence trop importante. Il devinait jusqu'à ses peurs et ses complexes, son sentiment d'être inférieure et voulait l'aider à briser cette fatalité qu'elle croyait devoir subir. Et puis il ne souhaitait que son bonheur, donc il s'était conduit comme un gentleman, renonçant par abnégation à l'expression de ses propres désirs. Mais aujourd'hui Serge avait choisi de partir et plutôt que de renoncer et de conserver intacte la saveur de leur amitié fidèle et rassurante, Didier s'était mis en tête de la conquérir de nouveau. Trop de fois, il s'était abstenu de lui avouer l'intensité de son amour. Il voulait tenter sa chance si tant est que dans la loterie des sentiments on puisse parler de chance Pour lui ce n'était pas un jeu et il avait donc mis ses sentiments les plus personnels dans les missives qu'il lui avait adressés. Surprise et paniquée, elle ne su comment réagir. Didier venait de briser un tabou .Il en étaient ainsi des relations tapies dans les non dit et la corolle de roses rouges, trop voyantes et trop odorantes qu'il venait de lui adresser ne pouvait que la brutaliser. Elle choisie de ne pas choisir et nia cette intrusion trop forte dans son fragile quotidien, même si les mots et les émotions étaient trop sincères pour qu'elle feigne d'ignorer les sentiments qui la portait. Donc elle ne répondît pas, d'autant que les lettres n'étaient pas signées, ce qui lui offrait autant de prétextes pour feindre l'ignorance de leur existence. Elle ne fit rien qui puisse la confondre, la faire sortit de son armure, laisser penser qu'elle approuvait ou réprouvait. A aucun moment elle n'exprima son émoi pourtant réel. Trop grande était la peur d'un nouvel échec, devant la tentation d'une belle histoire d'amour. Et cela seul, déjà justifiait son mutisme. Didier avait le même âge et surtout beaucoup plus d'expérience qu'elle, alors qu'elle souhaitait par dessus tout avoir une prise sur son environnement et les hommes qui le composaient. C'est pourquoi jusqu'à lors elle avait toujours choisi des amants plus jeunes, malléables à qui elle parvenait à imposer sa volonté. De même ils devaient être très beaux, pour en respectant la loi des paradoxes lui apporter inconsciemment le reflet de cette beauté qu'elle pensait ne pas détenir. A ceux-la, elle offrait le monde, aux autres qui s'intéressait à elle pour se qu'elle était, elle avait trop peur de se dévoiler, pensant qu'en acceptant leurs avances elle livrerait alors en pâture ses complexes et donc sa vulnérabilité. Elle se complaisait dans ce type de relation, aux périls de ses désirs profonds, se satisfaisant de cet équilibre mal ajusté. Et même si elle savait que la vie est un long chemin pavé d'incertitudes, elle voulait organiser son monde. C'est une des raisons pour lesquelles elle avait renoncé à sauter à l'élastique. La peur de la vie, la peur de la mort. Elle avait choisie. Choisie de s'enterrer vivante dans le mur de ses lamentations muettes en se définissant comme heureuse tant qu'elle pouvait continuer à exister par le squash; son sport favori. Elle s'y était impliquée au point de devenir vice championne de France, en deux ans ! Du jamais vu. Deux mois s'écoulèrent sans nouvelles aucunes, de part et d'autres. Comme si cette mise à jour avait gelé leurs rapports. Elle l'évitait, il l'attendait. Un matin elle reçu une autre lettre aussi belle que la première et deux mois passèrent à nouveau. Elle l'évitait encore, il l'attendait toujours. C'est alors qu'elle eue un appel de Dave, un beau blond que lui avait présenté Didier et qu'elle aimait bien. Il correspondait à son idéal masculin, et lui semblait malléable. Il lui apprit que Didier s'était retiré à la campagne et vivait désormais à 350 kilomètres de là, dans une petite ferme perdue au milieu de nulle part. Elle ne comprit pas que ce fut pour moins souffrir qu'il avait fait se douloureux choix, que celui de se couper de tout ce qu'il aimait, de sa trépidante vie parisienne, faite d'aventures sans lendemains, de conquêtes et d'orgies avec ces créatures qui se promenaient le long des allées de l'aventure. Cette vie là, au demeurant agréable, il l'offrait pourtant en échange de la paix qu'elle lui aurait procurée. Et ne supportant plus cette interminable attente et ce qu'il assimilait à un incroyable mépris, son mutisme, il s'était enfui. Si au moins elle avait levée cette ambiguïté qu'elle entretenait savamment. Il avait refusé de rejoindre la réalité et renoncer à elle. Il resta donc scotché à son amour, dans cet état indéfinissable fait d'attente et de douleur, d'espoir de bonheur De virée en moto en partie de Scrabble elle finit par s'abandonner et succombât aux charmes de Dave. Elle ne lui trouva qu'un défaut, il était jaloux. Hors, elle avait besoin pour se sentir femme d'aguicher et de séduire, même si elle ne franchissait jamais la mince barrière d'étoffe qui la séparait du sexe de ceux qu'elle provoquait. C'est d'ailleurs ce qu'elle appréciait du temps de sa relation avec Serge, puisqu'il était souvent absent et qu'elle pouvait dans les limites qu'elle s'était fixées exprimer ses instincts de femme. En cinq ans, ils avaient dus se voir en tout pendant neuf mois. Elle planifiait tout y compris les vacances de son homme. Dave qui ne supportait pas ses frasques, mais surtout ne comprenait pas cette propension à la séduction, se vengeait en lui faisant l'amour bestialement et ô miracle de l'espèce humaine, tout ce qu'elle avait refusé de faire avec Serge elle le fit avec lui. Il lui fit découvrir ainsi les joies de la pénétration anale, qu'elle affectionnait de plus en plus. De plus il la trompait et elle feignait de ne pas s'en apercevoir. C'est Dave qui appris à Didier leur liaison. Il était content qu'un autre lui apporte ce qu'elle refusait de connaître avec lui. En plus si c'était un copain. Mais il ne résista pas longtemps aux tourments qui peuplaient ses nuits, l'envoûtant comme des mauvais esprits, le montrant perdant définitivement cette fille qu'il aimait tant. A présent il voulait la faire souffrir, douter, autant que lui même avait souffert et douté, car les affres de l'amour aussi doivent être partagés. Il n'y avait plus de raison qu'il s'efface pour lui permettre d'être prétendument heureuse dans sa bulle. Il voulait la percer, la mettre à nu, à jour d'elle même. Il allait lui donner des raisons d'avoir peur de lui. S'il l'avait touchée il l'aurait fait exploser en milles morceaux, comme un ball trap qui rencontre la cible en lui signifiant la fin de sa trajectoire. Cette colère ne dura pas longtemps et il renonça à elle pour les mêmes raisons, ne se croyant pas assez digne de l'aimer comme elle l'aurait mérité. Au lieu de tout gâcher par un accomplissement partiel, il préférait ne rien faire. C'était tout ou rien. l'amour tel qu'il le définissait était un univers sans concession. Symboliquement, il avait décidé de ne s'habiller plus que de noir, couleur du désespoir. Dave et elle étaient en froid depuis deux semaines lorsque lui parvint la troisième enveloppe. C'était une enveloppe de kraft marron, elle fut surprise par le volume inhabituel du paquet et l'odeur tenace de lavande qui en émanait. Quand, elle ouvrit l'enveloppe, une boule de plastique tomba par terre, s'ouvrant en deux et laissant s'échapper deux doigts de la main de Didier. Elle poussa un cri d'horreur et s'enfuit en courant. Mais même à l'autre bout de l'appartement, elle ne pouvait chasser l'odeur fétide qui sortait du paquet, mélange nauséabond d'odeur de lavande et de putréfaction. Les doigts avaient étés vernis, mais celui ci se décollait, séparant la peau orangée des chairs en décomposition. Cela donnait un tableau riche en couleurs, avec la partie supérieure vernie qui luisait et les reflets violacés, mauves et aux teintes incertaines de la peau qui flétrissait . Elle appela Dave, mais que pouvait il faire ? Du reste il s'en foutait un peu, il avait voulu la séduire et y était parvenu, alors ! Quand elle lui proposa de partir pour l’étranger, il refusa tout net. Il n'allait tout de même pas faire sa vie avec elle. Pour lui, elle n'était qu'une conquête de plus. Elle s'enfuit deux semaines plus tard et réappris à vivre, avec sur sa conscience le poids de cette expérience. Elle se retrouva seule, seule comme au premier jour, à porter sur son dos le fardeau du monde. Seulement ce genre de choses ne s'oublient jamais, il faut soit s'en débarrasser définitivement, un peu comme un furoncle que l'on perce malgré la douleur, ou le cacher sous le fard des comédies humaines. Mais si dès fois la douleur sait se faire oublier, dans la nuit glacé de nos consciences, elle resurgit plus forte encore de cette part de ténèbres que l'on porte tous en nous . Six mois après s'être installée, alors qu'elle sortait d'une longue dépression, elle reçu de nouveau une lettre magnifique. Didier lui disait son amour depuis toujours et lui expliquait son geste. Pour n'avoir pu l'aimer, il s'était auto flagellé. En fait c'était un esprit simple. Il ne demandait pas qu'on l'aime, seulement la permission d'aimer. Elle en devenait folle. Comment aurait elle pu expliquer qu'elle avait eu trop peur de l'aimer, trop peur de ne pas être à la hauteur, trop peur de ne pas être assez bien pour lui. Et puis comment peut on aimer lorsqu'on ne s'aime pas assez soi même ? Elle ne voulait pas gâcher leur amitié. Il voulait par dessus tout être son amant, lui prouvait qu'il la voulait pour ce qu'elle était et non se qu'elle cherchait à être ou ne pas être. Il voulait lui exprimer ne serait qu'une fois l'intensité avec laquelle pour elle il vibrait. Mais, elle lui avait menti, menti par omission, lui laissant croire qu'elle aurait pu l'aimer. Et placée devant le choix de lui prouver ou de se renier, elle s'était reniée. Elle l'aimait, mais comme un frère, enfin elle ne savait plus ou n'avais jamais su et donc n'avais jamais pu répondre a cette question. Elle n'était pas revenu de cette confrontation Amour-Morale-Amitié-Education Didier l'épicurien qui s'était sacrifié sur l'autel de sa passion, avait choisi pour elle. Il la désirait trop pour se contenter de ce pas assez qu'elle n'avait même pas oser lui proposer. Elle avait eu peur de perdre son seul ami, il ne voulait pas renoncer au troisième et dernier amour de sa vie. Didier avait au même titre que chacun d'entre nous un potentiel énorme d'autodestruction, et il s'en était servi. Plus que sa vie, il lui avait donne de lui-même. Incapable de s'assumer désormais, elle sombra peu à peu dans l'alcoolisme. Epilogue: Dans une chambre grise d'un CHU de province, au bout d'un long couloir toujours éclairé, dans lequel on ne peut distinguer le jour de la nuit, les médecins maintiennent Didier artificiellement en vie. Emasculé. Inutile. Comme elle il a vingt neuf ans.
Paris,1998
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