La
Surprise 2
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Elle était rentrée ce soir, comme tout les autres soirs, harassée et fourbue de cette vie parisienne trépidante ou apparemment rien n'avait changé. Et pourtant quelque chose avait changé deux mois qu'elle était au chômage, elle se tuait à tache pour retrouver du travail. Elle avait occupée la moitié de sa journée à passer des entretiens d'embauche et l'autre à faire les courses pour sa soirée. En la virant pour raisons économiques, son patron lui avait dit " vous êtes libre, faites ce que vous avez dans la tête" Mais elle n'avait rien dans la tête, pas de rêves pas d'ambition, pas de projet, rien. Tout au plus des espoirs, tenus, que malgré tout, les lendemains seraient meilleurs. Et ils l'étaient. Elle voulait se poser, être attachée, rassurée, avoir des repères, un boulot, une maison, une voiture, petite, diesel, Mais pas de rêves, ou seulement ceux qu'elle achetait sur papier glacé. Ce n'était pas les siens. Qu'importe ? Elle les adoptait. Et pour quoi faire? -La réponse lui semblait évidente, tellement évidente qu'elle ne pouvait y répondre Elle était comme tous ces gens qui vont et viennent, traversent la vie, En transit entre deux destinations inconnues. Ils vivent, survivent, dépérissent et ne se posent pas de questions, n'ont pas d'ambitions, se laissent porter par ce semblant d'existence qui monnaye leur conscience. Et dans le Cocon familier et douillet de leurs habitudes, ne vivent, ni pour l'argent, ni pour la sexe, ni pour eux. Dès fois juste pour leurs enfants, à qui ils lèguent leurs frayeurs en hypothéquant leur avenir sur les traites du pavillon. D'où viennent- ils? Qui sont- ils ? Où vont- ils ? -ils se lèvent le matin, tous les matins à la même heure, avalent leur café fade et presque froid vomi par leur cafetière familiale et grimpent ou plutôt s'agrippent à leur berline à crédit ou au bus, métro, selon ce qui est le moins cher. Durant le trajet, ils pensent s'en aller ailleurs, sans jamais croire qu'il soit possible de le faire. Ils sont des milliers, comme vous et moi, morts avant d'avoir vécus. Mais elle avait un amoureux. Cela donnait un sens à sa vie. Une raison supplémentaire de se lever le matin, un complément au vide de sa vie. Ils s'étaient rencontrés trois mois auparavant et leur relation avait bien fonctionné dès le départ. La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, après quatre heures de débats, il lui avait dit: - on baise ? Cela tranchait radicalement avec la qualité de la discussion précédente, mais elle approuva cette audace qui d'ailleurs ne contrastait pas avec le personnage. Il semblait tout droit sorti d'un tableau de Giacometti, mince effilé, avec de longues mains sans fin. Elle était jolie et simple, comme une fille ordinaire et sans histoire. Pas plus belle ni plus moche qu'une autre. Elle avait été flattée que quelqu'un s'intéresse à elle, et il lui semblait si brillant, son homme. Elle acquiesça et ils partirent vers des cieux propices à leurs ébats. Tout avait été très clair dès le départ. Elle lui avait demandée un chèque en blanc pour l'avenir qu'il ne pouvait lui fournir. Donc, Chacun faisait ce qu'il voulait et ne rendait de compte à personne. Tout était donc parfait Ils se voyaient deux fois par semaine. Au début elle s'en accommodat, puis se ne fut pas assez pour elle, mais déjà trop pour lui. Il sortait beaucoup et ne serait peut être pas là, car il travaillait dans le monde du spectacle et comme tout ce qui y gravitait, il était très occupé ou faisait semblant de l'être .Pourtant, malgré tout pour lui, il lui consacrait du temps, beaucoup de temps. Ce soir elle avait décidée de lui faire une surprise et quelle surprise! Elle voulait être chez lui quand il rentrerait, lui faire un festin, une fête. Un fastueux repas servi dans les petits plats des grandes occasions avec les chandelles et la lumière tamisée, sans oublier la douce mélodie de cette musique sur laquelle ils s'aimaient tant. Elle avait donc secrètement dupliquée les clés de son appartement. Cependant, elle appréhendait sa réaction, que penserait t il en la voyant, allait t il être ravi ?déçu? En colère ? elle avait conscience de prendre un risque, Trois mois aujourd'hui, c'était à la fois beaucoup et pas assez pour s'autoriser une telle liberté, mais pour une fois, elle voulait se lancer, se risquer, se dévoiler et passer à la vitesse supérieure. Pour pallier à ses éventuelles protestations, elle avait mis pour l'occasion son beau chemisier rouge, d'un voile transparent de mousseline de soie souriante comme l'atmosphère de cette soirée et qui lui servait de décolleté. Il était savamment assorti à son rouge à lèvre. C'était une belle soirée d'été et la lumière du soleil se couchant sur les bâtisses de la ville qu'elle magnifiait de ses milles couleurs acheva de la rassurer. Quand elle entrât dans l’appartement, dans cette évanescence de tulle légère comme le nuage sur lequel elle flottait ce soir là et qui laissait paraître ses formes fermes et arrondies, toute son appréhension l'avait quittée. Elle était magnifique, mais il n'était pas là pour profiter de ce moment magique. Elle fut déçue, même si elle avait prévu son absence, même si tout dans la grande pièce traduisait sa présence. En tout premier lieu elle s’assit, comme s'il avait été en face d'elle, et ne fit rien, rien d'autre qu'observer, regarder, guetter. Puis libérée dans ces lieux qu'elle ne connaissait pas suffisamment et qui ne lui appartenaient pas et au delà de son illusion ne lui appartiendraient peut être jamais, elle s'occupa à explorer son univers quotidien. Elle déposa ses paquets, et emporta le repas commandé chez le traiteur dans la cuisine et traversa le salon pour finir dans la chambre. Elle s'installa sur son grand fauteuil en cuir, mimant les gestes qu'il avait l'habitude d'accomplir quand il y était assis, tournant sur elle même pour tout regarder, de tous les cotés. Puis elle réfléchit à ce qu'elle allait faire. Très rapidement elle chercha les disques, il écoutait beau coup de musique, mais nulle part elle ne voyait les disques. Il fallait qu'elle les trouve. Son âme curieuse trouva la paix derrière un tiroir, les disques étaient derrière le miroir. Sur la bibliothèque, reposait une centaine d'ouvrages traitant de sujets divers, elle parcouru les livres, puis elle fouilla dans les papiers, dans les dossiers, rien d'officiel ne l'intéressait, elle ne cherchait que l'officieux, Sur la commode reposait un pot -pourri. Elle avait horreur des odeurs de pot pourri, celui ci confirma son aversion; il ne sentait rien. Elle respira alors l'odeur des manteaux, c'était mieux, c'était lui. Elle hésita avant de faire les poches, puis ne le fit pas. Elle renonçait, elle n'osait pas et se rassit dans le fauteuil face à l'armoire. Qu'est qu'il pouvait bien avoir dans cette armoire ? Elle l'avait déjà vu entrouverte et son souvenir s'enivrait des odeurs des flacons de parfums qui y étaient enfermés. Lentement essaya du bout de pied, en se demandant si elle allait pouvoir y arriver et n'y arriva pas. Elle ouvrit doucement la penderie, comme un cadeau de Noël qu'on n'a pas le droit d'ouvrir et qu'on veut voir avant l'heure. Si à cet instant il entrait, elle se dit qu'elle le regarderait sans continuer, elle n'avait rien fait de mal, elle voulait juste voir, pas fouiller, juste regarder. Connaître l'emplacement des costumes, cravates, caleçons, chemises, chaussettes, chaussures, bref l'agencement de son intimité, de son coté le plus privé Elles ont de la chance, elles, d'être tout le temps sur sa peau, pensa t elle jalousement à propos de ses chemises Elle se demandait si elle devait continuer, fouiner, trifouiller. Rien que d'y penser, n’elle se dit qu'il valait mieux y renoncer. Peut être plus tard, dans quelques années, quand elle aura eue de vraies raisons pour se permettre de devenir déraisonnable. Elle resta donc assise, sur son fauteuil et fuma une cigarette, en pensant qu'il fallait qu'elle prenne une douche pour être encore plus belle et sentir bon quand il arriverait. Quant elle se couchât dans son lit, sous le regard moqueur de la pleine lune, elle ne put s'empêcher de sentir les draps, cherchant l'empreinte de son odeur et pour savoir si quelqu'un d'autre y couchait. Elle se reprit et se dit que faire l'amour c'est quand même mieux que de chercher des raisons pour pas le faire. Fatiguée, elle sombra rapidement dans le sommeil .Dans son rêve, tapissé des reflets de la vie de star qu'elle imaginait, elle les voyaient s'embrasser sur le pont neuf. Elle souriait en dormant, rejoignant ce monde ou les fantasmes dépassent la réalité Elle n'entendit pas le cliquetis des clés sur la porte ni le bruit des pas quand il rentrât, vers deux heures. Dans la pièce d'à coté, il déshabillait lestement la fille avec qui il était rentré et commença à lui faire l'amour sur la moquette. Dans la chambre, perdue dans son rêve et éperdue dans son lit, elle souriait encore. Paris,1997
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